Marocains expulsés en 1975 : le CIMEA dénonce la "mémoire sélective et le déni" algériens
Le discours officiel algérien sur les questions mémorielles et les droits de l’homme est de plus en plus scruté à l’international. Cette fois, c’est le Collectif international de soutien aux familles d’origine marocaine expulsées d’Algérie en 1975 (CIMEA 75), qui monte au créneau, pointant ce qu’il qualifie de « contradiction flagrante » dans la posture d’Alger.
Dans un communiqué, le Collectif s’étonne de voir les autorités algériennes adopter une loi criminalisant la colonisation française et exigeant des excuses de Paris, tout en continuant de nier leur propre responsabilité dans « l’expulsion massive et arbitraire » de milliers de Marocains en 1975. Pour l’ONG, cette dualité traduit une « mémoire à géométrie variable », où certaines pages de l’histoire sont instrumentalisées tandis que d’autres sont purement occultées.
Déni persistant face à une « violation grave des droits humains »
Selon le rassemblement, l’État algérien « persiste dans une stratégie d’oubli », visant à effacer les traces d’un épisode qualifié de « violation grave des droits humains ». L’organisation accuse également les autorités de promouvoir des récits qu’elle juge « infondés », notamment l’idée selon laquelle l’expulsion des Marocains aurait été une réponse à un prétendu renvoi de ressortissants algériens depuis le Maroc.
Un argument que l’ONG rejette catégoriquement, affirmant qu’« aucune preuve historique, aucun document officiel ni aucun témoignage de victimes ne vient étayer cette version ». Elle rappelle, en revanche, que les expulsions de 1975 se sont accompagnées, selon ses éléments, d’actes de violence, de séparations familiales et de confiscations de biens.
Une stratégie de plaidoyer tournée vers l’international
Ces positions ont été réaffirmées à l’issue d’une réunion ordinaire du bureau exécutif de l’organisation, tenue le 16 avril 2026, consacrée notamment à l’évaluation de sa stratégie de plaidoyer. L’objectif affiché est clair : porter davantage ce dossier devant les instances internationales, en particulier celles liées aux droits de l’homme.
Dans cette optique, l’ONG indique avoir renforcé son travail de documentation, en collectant de nouvelles archives et en consolidant son corpus historique. Une partie de ces documents a d’ailleurs été récemment mise à disposition de Archives du Maroc, dans une démarche visant à structurer la mémoire de cet épisode.
Le rassemblement insiste également sur l’importance de produire des rapports détaillés et des publications régulières afin de maintenir la visibilité de ce dossier à l’échelle internationale. Il salue, à ce titre, le soutien de plusieurs acteurs institutionnels et associatifs, notamment la Organisation marocaine des droits de l’homme, avec laquelle il collabore.
Enfin, l’organisation met en avant un rapport qu’elle qualifie d’« inédit », élaboré sous la supervision de Fatiha Saidi avec la contribution d’experts en droit international et en histoire. Présenté à Genève en octobre 2025, en marge des travaux du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, ce document s’appuie notamment sur des archives internationales, dont celles du mouvement de la Croix-Rouge.
À travers cette mobilisation, le CIMEA 75 entend maintenir la pression sur la scène internationale et relancer le débat autour d’un dossier qui, plus de cinquante ans après les faits, reste sans reconnaissance officielle ni réparation.